Le viager, un vrai métier
Hervé Lapous, directeur du cabinet Viagers Lapous
à Paris (XVe)
Comment expliquez-vous l’engouement
pour les viagers et où se situent-ils ?
Ce genre de formule intéresse de plus en plus d’investisseurs
du fait de la hausse du coût de l’immobilier, qui n’a
cessé de croître depuis plusieurs années et qui devient
inaccessible pour la plupart des Français, à Paris notamment.
Grâce au viager, qui ne demande qu’un acompte variant de 20
à 30 %, les investisseurs peuvent acheter de l’immobilier
parisien. La plupart se situent dans les XIVe, XVe, XVIe et XVIIe arrondissements
ainsi qu’à Boulogne et Neuilly-sur-Seine. Le solde du prix
est un crédit quasiment gratuit consenti par les vendeurs et remboursé
sous forme d’une rente viagère.
Comment acquiert-on un viager ?
En premier lieu, s’adresser à un vrai spécialiste
qui a pignon sur rue depuis au moins vingt ans. Un bon nombre d’agents
immobiliers et certaines banques s’initient à cette formule
en créant un département dont les responsables sont peu
compétents. Les vendeurs démarchés par ces officines
se trouvent lésés par les prix exorbitants que leur proposent
ces soi-disant spécialistes qui n’arrivent pas à vendre.
Ils font perdre ainsi à leurs clients du temps et de l’argent,
chaque mois passant étant une rente viagère perdue pour
le vendeur. Les investisseurs, quant à eux, se désintéressent
de ces produits dont les prix sont bien trop élevés et se
dirigent sur d’autres formes de placements. Les offres de viagers
représentent 10 % du marché immobilier français et
seulement 2 % sont réalisés ! Le reste étant proposé
à des prix bien trop élevés par ces non-spécialistes
qui dérèglent ce marché. Pour cette raison, le choix
d’un vrai spécialiste est primordial pour les vendeurs et
pour les acheteurs.
Comment calculez-vous un viager ?
Spécialiste depuis trente ans, j’expertise au départ
la valeur libre du bien. Puis j’applique une décote due pour
son occupation, qui est calculée d’après l’âge
du ou des vendeurs. Il n’existe aucun barème officiel pour
le calcul de cette décote qui ne peut être chiffrée
que par la longue expérience d’un vrai spécialiste.
Le bouquet n’est pas obligatoire et varie selon l’âge
des gens, leur situation patrimoniale et l’importance du bien. En
général, à 80 ans, il peut représenter 20
ou 30 % de la valeur du bien. Les rentes sont indexées selon le
coût de la vie publié par l’INSEE, c’est-à-dire
l’inflation.
La répartition des charges s’effectue comme lors d’un
contrat de location. Les acheteurs sont propriétaires dès
la signature de l’acte. et assument de ce fait les travaux de l’immeuble
et l’impôt foncier. le vendeur s’acquitte des charges
locatives et de la taxe d’habitation.
Quelles sont les garanties du vendeur ?
Dans toutes mes promesses de vente, j’insère une clause qui
stipule qu’un premier rang hypothécaire est pris au profit
du vendeur pour lui garantir le paiement de sa rente viagère, assorti
d’un privilège de vendeur et d’une action résolutoire,
ce qui lui assure une sécurité totale.
Vous proposez régulièrement une autre formule méconnue
: la vente à terme. En quoi consiste-t-elle ? Comment peut-elle
intéresser des vendeurs ?
Cette vente, qui bénéficie des mêmes garanties que
le viager, lui ressemble pour le droit exclusif d’usage et d’habitation
aussi consenti à vie pour le vendeur. Mais elle lui permet surtout
d’obtenir des mensualités plus importantes car limitées
dans le temps. Ces dernières sont reversées aux héritiers
en cas de décès prématuré. Avec pour indice
le coût de la construction, elles subissent une indexation deux
fois plus élevée que pour un viager. Elles bénéficient
d’une exonération totale d’impôts et l’administration
fiscale ne les considère pas comme revenus fonciers.
Et pour l’acheteur ?
Il peut planifier son investissement immobilier puisqu’il connaît
dès l’acquisition son coût de revient. Le délai
de paiement d’une vente à terme peut varier entre dix et
vingt ans. Chaque situation dépend essentiellement de l’âge
des vendeurs. L’investisseur ne prend aucun risque même si
le vendeur vit longtemps. Le terme du paiement étant connu par
celui-ci. il s’agit en fait d’une vente à crédit,
sans aucune contrainte particulière, en dehors du paiement.
Le viager se débarrasse-t-il de sa mauvaise image ?
Depuis déjà un certain temps, cette formule a pris beaucoup
d’ampleur, le coût de la vie réelle augmentant plus
que l’inflation officielle, et les retraites ne cessant de diminuer.
Elle est devenue une ressource indispensable pour beaucoup de vendeurs
et un produit financier attractif pour les acheteurs. Grâce à
une image valorisée, le viager est entré dans les mœurs
au bénéfice des deux parties contractantes.
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